Il y a quelques jours, le CERN ou Centre Européen pour la Recherche Nucléaire, la plus prestigieuse organisation en physique des particules regroupant 20 Etats européens ( les Etats-Unis d'Amérique, la Fédération de Russie, le Japon, l'Inde, la Turquie et Israël ayant le statut d' « observateur » ), lançait un appel au monde : les particules du premier faisceau ont débuté leur rotation en effectuant un tour dans le plus grand accélérateur de particules au monde, un anneau sous-terrain de 27km à cheval sur la Suisse et la France. « C'est un moment historique! » annonce Atsuto Suzuki, directeur du laboratoire japonais KEK. Retour sur le point de départ d'une « nouvelle ère scientifique ».
Genève, le 10 septembre 2008. Il est 10h28 et le CERN est en ébullition. Le premier faisceau de particules est injecté dans le LHC (le Large Hadron Collider). Les scientifiques s'affèrent à synchroniser divers éléments, notamment des aimants refroidis depuis deux ans pour parvenir à une température d'à peu près -270 degrés Celsius, et tout ça pour faire tourner des microparticules. L'émotion est palpable chez les scientifiques du monde entier qui attendent depuis plus de vingt ans la réalisation de ce projet. « L'achèvement du LHC marque le début d'une révolution en physique des particules. », remarque, plus qu'enthousiaste, Pier Oddone, directeur de Fermilab aux Etats-Unis.
Cette nouvelle machine va permettre de grandes découvertes. Lyn Evans, chef du projet LHC, souligne qu'« à présent nous pouvons espérer franchir une nouvelle étape dans la compréhension des origines et de l'évolution de l'Univers ». Le but est bel et bien celui-ci : faire tourner des particules afin de les faire entrer en collision. Les experts espèrent comprendre et recréer un mini « Big-bang », la même explosion qui, selon les scientifiques, aurait permis de créer l'Univers, il y a près de 15 milliards d'année. L'explosion pourrait produire une énergie plus de mille fois puissante que l'énergie interne de notre Soleil. La raison? Les scientifiques caressent l'espoir de créer de l'« Antimatière ». Celle-ci aurait été présente au Commencement, s'opposant à la Matière, tout comme le noir accompagne le blanc, le Yin, le Yang, la Femme et l'Homme, et sa puissance représenterait plusieurs bombes nucléaires. Sans oublier le « Boson de Higgs », particule responsable de la « masse ». Cette vieille histoire de gravité est toujours d'actualité depuis Newton mais personne n'a encore pu la démontrer.
Tout le monde s'imagine déjà les révélations possibles. « Le LHC est une machine à faire des découvertes, a déclaré Robert Aymar, directeur général du CERN ; son programme de recherche, poursuivant une tradition de curiosité humaine aussi ancienne que l'humanité elle-même, pourrait produire des résultats qui changeraient radicalement notre vision de l'Univers ».
Le problème étique arrive bel et bien. Car si le monde des Sciences espère pouvoir confirmer son hypothèse de création de l'Univers, certains semblent dérangés par l'avancée de la recherche. Un groupe de surdoués en informatique a en effet réussi à pénétrer au sein des ordinateurs du CERN. La Greek Security Team a pu approché de très près le système de contrôle du LHC. Mais ayant été repoussés, ces derniers n'ont fait que lancer une menace aux scientifiques... Sans que personne ne s'affolent. « Il ne semble pas y avoir de dégâts » déclare le porte-parole du CERN, James Gilles.
Mais ces « écoliers » comme eux-mêmes se nomment, ne sont pas les seuls à vouloir mettre des bâtons dans les roues des physiciens. Déjà, une question frappe les esprits : si le LHC peut produire un « Big-Bang », créer de l'Antimatière, tous les deux déployant de l'énergie considérable, comment ne pouvons-nous pas être inquiet au sujet de notre propre planète. Certains scientifiques ont en effet demandé une recherche approfondie pour savoir si l'explosion pouvait être maîtrisé par un tube de métal enterré à 100 m de profondeur... Mais les scientifiques nous affirment que le risque est proche de zéro, soyons rassurés !
Un débat commencé il y a des siècles risque de prendre fin : la Création de l'Univers. Dieu ? Le Big-Bang ? L'Eglise n'a certainement pas intérêt à laisser les découvertes se mettre en place... Anges et Démons de Dan Brown raconte ainsi comment un croyant souhaite faire déjouer la progression du LHC. Fiction ou prémonition ? Là encore, chacun son avis. Et même si l'on surnomme le « Boson de Higgs » la « Particule de Dieu », comme le dit Yannick Villedieu : « Au LHC, on fait de la physique, pas de la théologie. »
Apaisons les esprits en citant M. Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies : « Je souhaite témoigner à tous les scientifiques ma plus grande admiration et leur souhaiter plein succès dans leurs recherches, qui contribuent au développement pacifique du progrès scientifique. »
Mais pour les résultats, il faudra être patient : en plus des semaines précédant l'apparition de la collision, il faudra attendre plusieurs mois pour pouvoir effectuer toutes les mesures pouvant répondre à la question: « D'où venons-nous? ». En attendant, laissons le mot de la fin à Nigel S. Lockyer, le directeur du laboratoire canadien TRIUMF: « On pourrait dire : un petit parcours pour un proton, mais un grand pas pour l'humanité ! ».